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Stratégie nationale de l'ESS : un cap fixé par l'État, une confiance qui reste à construire

04/09/2026

Le 16 juillet dernier, la toute première Stratégie nationale de l'économie sociale et solidaire a été rendue publique. Un texte volumineux — 108 actions, un budget associé, des objectifs chiffrés pour 2030 — mais adopté dans des conditions qui interrogent : seuls les représentants de l'État ont voté pour, les acteurs de l'ESS ayant choisi de s'abstenir. Reste maintenant à voir si ces engagements se concrétiseront sur le terrain, où entreprises, associations et collectivités n'ont pas attendu ce texte pour coopérer. Décryptage par Soqo*, bureau de création de projets à impact.

Stratégie nationale de l'ESS : un cap fixé par l'État, une confiance qui reste à construire

Un vote qui parle de lui-même

Le 9 juillet, le Conseil supérieur de l'ESS (CSESS) se prononçait sur cette première Stratégie nationale, une demande formulée par l'Union européenne dès 2023. Le résultat du scrutin est sans appel : 8 voix pour, contre 42 abstentions. Les votes favorables émanent uniquement des représentants étatiques ; l'ensemble des réseaux de l'ESS s'est, lui, abstenu.

Ce geste n'est pas un désaveu du contenu. Benoît Hamon, président d'ESS France, a été clair sur ce point : ce choix a été mûrement pesé, dans un contexte où la parole de l'État est jugée trop fragilisée pour être validée telle quelle. Un communiqué commun des réseaux a pointé un écart entre les discours et les actes concrets, résumé par une image parlante : on ne fait pas pousser un jardin sans l'arroser.

Une élaboration chaotique, un budget qui dément les intentions

Ce climat de méfiance ne sort pas de nulle part. Une première mouture du document, portée par la Direction Générale du Trésor sans véritable dialogue avec le secteur, avait été considérée comme trop timide à l'automne 2025. Le ministre Serge Papin en avait alors confié la refonte à son délégué ministériel, Maxime Baduel, avec une démarche de concertation bien plus large : 70 consultations nationales et 2 000 contributions citoyennes. Mais début juin 2026, le ministère annonçait une baisse de 4 millions d'euros des crédits alloués à l'ESS. Après un revirement, de nouvelles coupes budgétaires étaient dévoilées le 6 juillet — trois jours à peine avant le vote.

L'illustration la plus frappante de ce grand écart concerne les tiers-lieux. Dans l'axe 1, consacré au renforcement de la place de l'ESS dans les politiques publiques, la stratégie affiche noir sur blanc l'intention de soutenir ces structures. Pourtant, à quelques jours de l'adoption du texte, le gouvernement actait la dissolution du Groupement d'Intérêt Public France Tiers-Lieux, ainsi qu'une chute de plus de 90 % en deux ans des financements qui leur étaient consacrés. Sur ce sujet précis, texte et budget se contredisent presque point par point.

Ce que contient réellement le texte

La stratégie se déploie autour de cinq axes, 28 orientations, 108 actions, et 10 indicateurs de suivi fixés à l'horizon 2030 :

  • Axe 1 — Gouvernance et ancrage territorial : création d'un comité interministériel de l'ESS, déploiement de correspondants ESS en région, montée en puissance des CRESS, appui aux PTCE et aux tiers-lieux, mise en avant de la Responsabilité Territoriale des Entreprises (RTE).
  • Axe 2 — Financement et investissement : un « orange budgétaire » propre à l'ESS dans les lois de finances, des conventions renforcées avec Bpifrance et la Banque des Territoires, une sécurisation du régime des subventions, une stabilisation du cadre de la générosité, ainsi qu'un développement de l'achat responsable (ASER) et du mécénat de compétences.
  • Axe 3 — Grandes transitions : intégration de l'ESS dans les filières stratégiques (économie circulaire, alimentation durable, énergies renouvelables citoyennes), soutien à la reprise d'entreprises sous forme coopérative.
  • Axe 4 — Rayonnement et attractivité : création d'une marque ESS, développement de l'éducation à l'ESS, désignation d'une capitale française de l'économie sociale et solidaire.
  • Axe 5 — Influence européenne et internationale : défense des positions françaises dans le prochain cadre financier européen, protection des modèles mutualistes et coopératifs.

Les objectifs fixés à 2030 sont ambitieux : faire passer l'ESS de 13,7 % à 15 % de l'emploi privé, porter le nombre de structures agréées ESUS de 2 896 à 3 500, et multiplier par dix les dons collectés via le Livret de Développement Durable et Solidaire (LDDS) — cette épargne réglementée qui permet de flécher une partie de son argent vers des projets de l'économie sociale et solidaire.

Les manques identifiés par les acteurs du secteur

Sollicités par Carenews, Antoine Détourné (délégué général d'ESS France) et David Cluzeau (président de l'Udes) reconnaissent des progrès nets par rapport à la première version du texte. Mais ils regrettent l'absence d'objectifs précis et de financements fléchés, en particulier pour les CRESS, qui ne bénéficient d'aucun moyen supplémentaire. David Cluzeau relève deux autres angles morts : les associations, qui représentent pourtant 80 % des structures de l'ESS, demeurent peu considérées dans le texte, et la réforme de la taxe sur les salaires, réclamée depuis des années, n'a pas trouvé sa place parmi les 108 actions.

Ce que cela change concrètement pour les entreprises

Cette stratégie donne un cap, avec une clause de revoyure prévue en 2030. Sa réussite tiendra moins au texte lui-même qu'aux budgets votés année après année. En attendant, deux actions, situées dans deux axes distincts, retiennent particulièrement notre attention chez Soqo*.

La première figure dans l'axe 1, à travers la valorisation de la Responsabilité Territoriale des Entreprises (RTE). Le texte la définit comme une relation à bénéfices réciproques entre une entreprise et son écosystème local — collectivités, habitants, associations, acteurs économiques — fondée sur l'idée que la pérennité d'une entreprise ne peut se penser sans la vitalité du territoire qui l'accueille. L'État prévoit d'y encourager un dialogue structuré entre ESS et économie conventionnelle, d'accompagner les entreprises dans cette transformation, et même d'intégrer la RTE dans les critères d'attribution de certains financements et marchés publics. C'est un basculement que nous constatons déjà sur le terrain : de plus en plus d'entreprises ne se demandent plus seulement comment réduire leur impact, mais ce qu'elles peuvent construire avec le territoire qui les accueille.

La seconde se trouve dans l'axe 3, autour du développement du mécénat de compétences. Défini par le texte comme un don en nature, il consiste pour une entreprise à mettre à disposition d'une structure de l'ESS le temps de travail de ses collaborateurs, sur un projet d'intérêt général. Ce dispositif ouvre l'accès à des ressources précieuses — conseil stratégique, RH, communication, transformation numérique — que beaucoup d'associations ne pourraient mobiliser autrement. Mais il reste, selon le texte, largement réservé aux grandes structures : 46 % des grandes entreprises mécènes y recourent, contre seulement 12 % des PME et 4 % des ETI. Un écart que la stratégie ambitionne justement de réduire.

Ce sont précisément ces deux dynamiques — ancrage territorial et mécénat de compétences — que nous voyons se renforcer, année après année, chez les entreprises que nous accompagnons. Chez Soqo*, elles se traduisent à travers deux activités complémentaires : la conception de projets à impact avec des entreprises, et l'accompagnement de maisons de luxe et d'agences événementielles vers des événements plus responsables. C'est de cette double pratique, et des liens tissés avec le monde associatif qu'elle implique, qu'est né en 2024 Le Qlub : un réseau d'associations engagées, conçu comme un pont structurant entre monde associatif et monde de l'entreprise, plutôt que comme une simple liste de bénéficiaires ponctuels. Concrètement, cela va de projets d'ancrage territorial pensés sur le long terme, à l'éco-conception d'événements en amont (choix des matériaux, des prestataires, sourcing responsable), jusqu'à la redistribution aux associations du Qlub des matériaux et décors qui finissaient auparavant en benne après un événement : une forme de mécénat en nature qui ne dit pas son nom, mais qui répond exactement à la logique que la stratégie cherche à généraliser.

Il sera intéressant d'observer, dans les mois à venir, si cette stratégie se traduit par de véritables évolutions de terrain, ou si l'écart entre les intentions et les moyens — déjà visible au moment du vote — continue de se creuser.

Une note positive, malgré tout : ces dynamiques n'ont pas besoin d'attendre un décret pour exister. Et c'est peut-être elles, plus que le texte lui-même, qui donneront corps à l'ambition fixée pour 2030.

Vous êtes dirigeant, responsable RSE ou acteur associatif et souhaitez construire une collaboration concrète et ancrée dans votre territoire ? Parlons-en ! → bonjour@soqo.fr

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